Nous ne connaissons pas bien les gestes qui sauvent. En tout cas, nous ne sommes pas assez nombreux à les connaître. L'affaire "Volvo" en apporte une nouvelle preuve. Ainsi donc, le constructeur suédois, réputé pour la sécurité de ses voitures, a été condamné à payer 200 000 Euros d'amende pour homicides et blessures involontaires par le tr ibunal correctionnel de Saverne (Bas-Rhin). Je vous rappelle rapidement les faits: en juin 1999, dans une rue en pente de Wasselonne, une femme a perdu le contrôle de sa voiture, une volvo 850 break automatique. La voiture avait fauché 3 enfants qui se trouvaient sur un trottoir. Deux d'entre eux sont morts, le 3ème avait été grièvement blessé.
D'abord, une réflexion sur la sanction pénale. Une amende plus forte que celle demandée par le procureur. Volvo devra payer 200 000 Euros d'amende à l'administration... Pourquoi ce chiffre? Est-ce le prix de la vie de deux enfants? Pourquoi l'Etat a t'il le droit de profiter financièrement d'un drame familial? Que fait l'administration avec cet argent que lui rapporte l'amende?
Deuxième rélfexion: la conductrice est condamnée à un an de suspension de permis de conduire, 6 mois de prison avec sursis, et ... 300 Euros d'amende. La mère d'un des enfants décédés est révoltée, car elle dit avoir payé elle-même "une amende de 386 Euros pour un mauvais stationnement"... Elle est bien curieuse notre justice... Il y a de quoi s'interroger sur la pertinence des sanctions pénales.
Mais allons sur un autre terrain maintenant avec les réquisitions du procureur de Saverne. Ce monsieur avait déclaré à l'audience que le cas de la conductrice devait être "apprécié avec humanité" en ajoutant que cette femme, confrontée à un problème inattendu (freinage inopérant), n'avait pas eu les réflexes qui auraient pu éviter le drame en utilisant par exemple son frein à main ou sa boîte de vitesses. Bon, il faut rappeler que cette conductrice avait une boîte automatique, ce qui complique l'usage de la boîte, mais c'est possible... on peut agir aussi sur une boîte auto en cas d'urgence. Mais, plus sûrement, elle aurait pu agir sur son frein à main, ce qu'elle n'a pas fait. Et voici ma question? Vous en connaissez vous des moniteurs d'auto école qui apprennent aux candidats au permis à se servir d'un frein à main pour bloquer une voiture dans l'urgence? Non évidemment. Quand on a qu'une ou deux secondes pour faire un tel choix, encore faut-il savoir "donner du frein à main" avec le bon dosage pour ne pas provoquer un drame. Et pourtant, il s'agit d'un geste qui sauve et de très nombreux conducteurs ne le connaissent pas, et ne l'imaginent même pas en cas de difficultés. Passons sur la faute de cette femme qui n'a pas donné le coup de volant qui aurait pu lui faire éviter les enfants, quitte à foncer sur un obstacle voisin.
Passons maintenant à une autre situation aux conséquences moins graves. Je l'ai vécu il y a quelques jours alors que je remontais tranquillement en scooter une file de voitures à l'arrêt. Ma manoeuvre était licite, la ligne était en pointillé et je roulais très doucement puisque je venais de passer un dos d'âne (environ 20 km/h). Et brusquement une conductrice me coupe la route brutalement en voulant faire demi-tour par sa gauche. Comme j'étais bien engagé, c'est la partie avant de sa voiture qui a dégusté. Et voilà que cette dame me dit que c'est de ma faute puisqu'elle avait mis son clignotant. La vérité est que je ne l'avais pas vu son clignotant... et pour cause... La manoeuvre était déjà entamée. Et j'ai donc dû rappeler à cette dame cette pratique élémentaire: 1. je mets mon clignotant. 2. je regarde mon rétroviseur. 3. Je fais mon changement de voie. Cette pauvre dame avait fait l'inverse. Mettre son clignotant n'autorise pas à faire n'importe quoi. Ce n'est pas un permis de tuer. Evidemment, l'assurance a expliqué à cette dame qu'elle est en faute, ce qu'elle ne comprend pas. Pourtant les faits sont là: elle aurait encore une face avant intacte et son rétroviseur si elle l'avait regardé.
Heureusement,l'accident a été sans gravité et j'ai expliqué à cette dame qu'il arrive à tout le monde de faire des erreurs. Mais certaines erreurs comme celle-ci peuvent avoir des conséquences fatales.
Voilà qui plaide pour la formation continue. C'est mon dada. J'écris encore une fois et je maintiens que le permis de conduire ne peut être un permis à vie s'il n'est pas accompagné de formation continue. Apprendre à se servir de ses freins, du frein moteur, du frein à main, des clignotants, du rétroviseur, voilà des gestes qui sauvent. Et l'apprentissage à 18 ans durant quelques heures, pour tout le reste de sa vie, ne peut faire des conducteurs suffisamment qualifiés. Donc, formation continue pour cette dame, pour moi, et pour vous tous!
PB