Biocarburants: arrêtons le massacre... et l'imposture!

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"BIOcarburants"... j'ai déjà eu l'occasion d'en parler sur ce blog, cette appellation est inadaptée. Les biocarburants n'existent pas, alors que les carburants agricoles existent. Et en plein Grenelle de l'Environnement, je dirais qu'il est grand temps de mettre fin à cette solution qui n'est pas l'alternative écologique et économique que l'on présente parfois volontiers. Ce n'est pas dû au hasard, les arguments contre les carburants agricoles pleuvent en ce moment, et je vous propose une petite synthèse intéressante:

1/ C'est le plus gros pavé dans la mare. Paul Crutzen, scientifique allemand et Prix Nobel de Chimie en 1995, affirme dans une étude récente publiée dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions que le développement de la production de carburants à partir de plantes pourrait augmenter fortement les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Selon M. Crutzen, un litre de carburant agricole produirait aujourd'hui deux fois plus de gaz nocifs qu'un litre de carburant classique. Il ajoute que les émissions de protoxydes d'azote (N2O) attribuées à l'agriculture intensive contribueraient, à quantité égale, 296 fois plus à l'effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2) ! Première conclusion: le carburant agricole n'est pas écologique.

2/ Produire du carburant agricole nécessite de le fabriquer, le transporter puis le distribuer. Autant d'opérations qui se révèlent aussi coûteuses que pour les carburants classiques.

3/ Que l'on choisisse l'éthanol ou le diester les surfaces agricoles ne suffiraient pas à nos besoins. Je rappelle que pour l'éthanol on fait appel schématiquement aux céréales (blé, orge, maïs) ou encore aux betteraves ou à la canne à sucre, et que pour le diester ont fait appel aux huiles (colza, tournesol,etc). Si par exemple on faisait le choix du tournesol en France il faudrait 118% de la surface agricole du territoire pour remplacer l'intégralité de la consommation de pétrole! Et je ne vous parle pas du Brésil qui déforeste à tour de bras l'indispensable forêt amazonienne pour produire de la canne à sucre dans sa filière éthanol. Conclusion: le carburant agricole est dangereux d'un point de vue économique. (Et là nous parlons aussi bien industrie qu'aménagement du territoire).

4/ La déforestation parlons-en. Je vous renvoie aux travaux d'Emmanuelle Grundmann qui publie "Ces forêts qu'on assassine" chez Calmann Lévy. Cette journaliste spécialisée, associée au CNRS, affirme que le déforestation constitue aujourd'hui l'un des premiers facteurs d'émission de gaz à effet de serre. Aujourd'hui les carburants agricoles contribuent à la déforestation galopante de forêts tropicales au Brésil, en Colombie, au Pérou, en Indonésie ou encore en Malaisie. Conclusion: le développement des carburants agricoles peut porter atteinte à l'équilibre de notre climat.

5/ Je reviens sur le premier argument tiré de l'étude de Paul Crutzen. Compte tenu des besoins exprimés, la production de carburants agricoles serait forcément intensive. Cela signifie qu'il y aura recours aux pesticides, et aux engrais azotés. Or ce  sont ces engrais azotés, utilisés pour accroître les rendements, qui se dégradent en protoxydes d'azote à travers les sols. Le bilan écologique est mauvais, le bilan pour notre santé désastreux.

6/ Le point précédent est soulevé par Fabrice Nicolino qui vient de publier "La faim, la bagnole, le blé et nous" aux éditions Fayard. Dans son blog que je vous invite à lire il ajoute le problème moral posé par les carburants agricoles. UNe question suffit pour résumer la problématique: est-il moral, est-il normal de cultiver des plantes alimentaires pour faire rouler des voitures? La réponse est non évidemment. C'est presque un défi au bon sens, d'autant que le phénomène en provoque un autre...

7/ Si on continue à produire des carburants agricoles en grandes quantités, c'est le prix des matières premières qui va flamber. Conséquence: des prix en forte hausse dans nos marchés et nos hypermarchés, et des menaces de famine encore plus fortes pour les pays pauvres. Et les discours sur "l'agriculture raisonnée" des défenseurs des carburants agricoles me font bien rire. Il y aura forcément des excès.

Je m'arrête ici. Je pense que nous aurons maintes occasions de revenir sur cette question des carburants agricoles. Je souhaite que le Grenelle de l'environnement stoppe cette solution énergétique qui n'a pas de sens. En matière d'énergie il faut continuer à promouvoir l'électricité, l'hydrogène, et même pourquoi pas, la voiture à air comprimé...

PB

 

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Gilles Couturier 05/03/2008 14:11

Bonjour monsieur Boulanger,
Comment pourrait-on appeler la part d'huile de colza que l'éleveur ou l'agriculteur produirait sur ses jachères, et qui nourrirait sa flotte de tracteurs ?
Elle est de même nature que cet agro-carburant qui provient de l'autre bout de la planète, alors qu'elle est de bien moindre influence sur le réchauffement de celle-çi.
Et les cinq cent pompes d'éthanol, recommandées par le gouvernement, ne constituent elles pas un autre danger ?

Pope 20/02/2008 13:53

Bonjour,Quelqu'un a dit ; "Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde"Alors, bien qu'étant un pékin lambda, incapable d'agir opportunément, je jette cette bouteille à la mer :L'autre matin, je me suis retrouvé par hasard, à table près d'un sénateur, et voilà de quoi il parlait au petit déjeuner, après que je vienne d'entendre l'histoire de David et Goliath..."Il s'agissait des AGROCARBURANTS qui sont d'après les études menées récemment une vaste fumisterie. Je cite de mémoire (approximations) : la chaine de production de ces denrées présente un bilan quasi égal aux carburants actuels concernant l'émission de gaz à effet de serre. La chaine éthanol est contre productive (c'est un gouffre qui fait dresser les cheveux sur la tête des chimistes). Cela étant, les grands producteurs de maïs sont extrêmement intéressés car ça leur permet de ramasser un max d'argent public sous forme de subventions pour "préserver" l'environnement".Et là : autre problème. Le rendement de production est si bas qu'il faudrait des hectares et des hectares de cultures et la production énergétique se ferait au détriment de la production alimentaire. Il y aurait probablement délocalisation partielle des cultures dans les pays du tiers monde (, et OGM?), et exploitation de leurs terres pour les besoins en carburant de l'Occident.Mais également, la production alimentaire diminuant, cela entrainerait une hausse des prix de l'alimentation de base, céréalière, qui sert à nourrir les plus pauvres d'entre nous, et se répercuterait même sur le pouvoir d'achat en Occident.Les gens sont prêts à l'accepter car ils ont peur de ne plus pouvoir acheter d'essence pour leur voiture, et le bio carburant a plutôt bonne presse dans l'opinion, qui est mal informée. Cela résonne écologique, et il y a toute une campagne d'opinion qui est habilement orchestrée pour que cela continue. Dans leurs démarches auprès de plusieurs instances, le sénateur m'en a cité 5, mais j'ai oublié oublié lesquelles, il a obtenu la même réponse : "oui, mais vous comprenez, les producteurs d'OGM sont de simples agriculteurs qui veulent vivre comme tout le monde, et rendez-vous compte, leurs familles, femmes et enfants sont molestées, il sont harcelés, il y a là une profonde injustice... bla bla bla..." Ce qui laisse à penser qu'un message type pour répondre à des objections est entrain d'être mis en place. Un message type pour promouvoir les OGM est en couveuse.Je vous en prie, parlez-en à qui vous pourrez.je voulais aussi vous dire que la personne qui a soulevé la question de la clause faisant annuler dernièrement l'enclenchement de l'acceptation de OGM, et bien cet homme qui est au Sénat... est un HEROS .  Les gens ne veulent plus manger près de lui, les amis sénateurs de son bord, qui sont des quarantenaires, ou des soixantenaires bien tapés se comportent comme de vulgaires morveux : ils ne lui parlent plus, ils le salissent publiquement lorsqu'il a le dos tourné. C'est terrible, la politique ! Monsieur, je vous salue bien bas..! Il faut tenir ! Regardez, même le juge Burgaud est en passe d'être réhabilité!Tenez, tenez BON!! Merci pour les générations futures, vous avez fait ce qu'il fallait faire en conscience, merci et bravo!Nous voulons du sang neuf. Engagez-vous avec un coeur propre!Dieu vous le rendra.
Pope

Foxie 05/11/2007 11:56

Monsieur Boulanger,Vous savez comme moi qu'un expert, fût-il prix Nobel, ne détient pas forcément la vérité, en tout cas pas toute la vérité (parmi les prix Nobel d'économie, certains sont tout à fait aux antipodes des autres; c'est moins vrai bien sûr pour les "sciences exactes").Pour se distinguer, un expert est d'ailleurs condamné à ne pas être d'accord avec les autres, c'est classique; et qui croire alors?Par ailleurs, on est plus lu, écouté et surtout "télévisé" si on est catastrophiste qu'optimiste (José Bové à lui tout seul rend inaudibles les scientifiques -de l'INRA par exemple- qui ne partagent pas son point de vue sur les OGM et qu'on ne voit bien sûr à la "télé" que dans de rares émissions confidentielles à 23h quand lui passe au "20h"; et il met en avant des sondages qui en découlent et indiquent évidemment qu'une grande majorité des français ne veut pas des OGM !).En plus, quand on veut défendre une thèse on "filtre" les faits pour ne retenir que ceux favorables à cette thèse. Et quand l'idéologie s'en mêle, c'est encore plus marqué (nucléaire, OGM, ...); or sur ce sujet des biocarburants, elle commence à s'installer aussi.Peut-être la thèse que vous relayez ici, avec vivacité, est-elle tout à fait fondée, je ne suis pas compétent sur ce sujet ( j'ai cependant lu des articles qui lui apportent de solides bémols). Mais en la matière je conseillerais de prendre du recul, disons ne pas embrayer trop brutalement.

gregg 25/10/2007 12:14

Les carburants agricoles sont moins polluants que le pétrole. Le chercheur que vous évoquez est-il à la solde de l'industrie pétrolière ?
Vos arguments en tout cas y ressemblent. Notamment quand vous évoquez la déforestation due aux superficies pas assez importantes.
Au Brésil le carburant agricole vaut moins cher que le pétrole ; concernant la hausse des prix des matières premières agricoles vous vous égarez : le pétrole connaît son niveau le plus élevé et si pour le moment nous n'avons aucune répercussion chez nous c'est du au fait que nous avons l'Euro et pas le Dollar.
Enfin il faut trouver une parade à la diminution des stocks de pétrole, à la dépendance énergétique vis à vis de pays à risques comme l'Iran dont les capacités de raffinage vont empêcher toute exportation dès 2012...

Mekil 24/10/2007 09:36

Vous avez raison et j'ai vu l'excellente emission de France 3 presentee par Marie Drucker l'autre soir faisant tomber les masques sur ce sujet.
Le bio carburant 'est urtout le seul moyen qu'on trouve les agriculteurs pour rester en vie apres 2013 et la reforme de la PAC..mais pour nous consommateurs nous acheteront des produits alimentaires bien plus chers car produits hors de notre pays...le monde a l'envers...faire survivre 5% des habitants de notre pays en penalisant 95%..bravo belle demonstration de la puissance du lobby agricole et de la peur des prefectures en feu par nos gouvernants!!