Sécurité routière: et si on se posait les bonnes questions?

Publié le par Auto-info : Pascal Boulanger

Je prolonge mon article posté consacré tout récemment à la mortalité routière. Vous savez tous que les mauvais chiffres du mois d’avril ont provoqué la réunion en urgence d’un conseil interministériel de sécurité routière. Avant de commenter les mesures émotionnelles annoncées mercredi dernier, je vous rappelle quand même  que nous savons très bien ce qui s’est passé en avril : météo ensoleillée, plus de trafic, donc plus de risques d’accidents…  et surtout des accidents mortels où l’on pouvait souligner deux causes principales : jeunesse et alcoolémie des conducteurs, endormissement de chauffeurs de poids lourds.

Question : le conseil interministériel s’est-il attaqué à ces deux causes ? Pas exactement me semble t’il. Et je reprends à mon compte les mots utilisés par Bernard Darniche, ancien pilote et fondateur de citoyens de la route. Ce dernier, lorsque je l’ai interviewé la semaine dernière, a eu cette phrase : et si la vitesse n’était pas la vraie question ? Et si on ne se posait pas les bonnes questions ? Forcément, nous ne pouvons pas avoir les bonnes réponses.

Je m’explique. Les mesures les plus emblématiques concernent, une fois de plus, le dossier de la vitesse. A la surprise générale,  ce conseil de ministres tellement compétents qu’ils se font conduire toute l’année par des chauffeurs en infraction quotidienne avec le code de la route, n’a pas trouvé mieux que de décider la disparition des panneaux indicateurs de radars automatiques et l’interdiction des avertisseurs de radars. Ah c’est sûr, ils s’en fichent, eux, de ces panneaux ! Leurs gyrophares et leurs escortes de motards servent d’avertisseurs pour les automobilistes ordinaires que nous sommes. Et ne me dîtes surtout pas que je fais du populisme : je travaille à TF1 et je vois ces scènes tous les jours depuis ma fenêtre ! Un concours de C6 et de 607 avec force sirènes et gyrophares.

Je pense que nous avons touché les limites du contrat social. En quelques années, les français ont réduit leur vitesse moyenne sur les routes. Ils sont devenus plus raisonnables, les chiffres de la mortalité l’attestent. Ils ont accepté les règles du permis de conduire à points et la montée en puissance des radars automatiques. Les français sont des millions à avoir amélioré leur comportement au volant, et les voilà néanmoins (pour la majorité) punis en raison du comportement irresponsable de quelques chauffards ou de quelques jeunes enivrés qui n’ont toujours rien compris. Un peu comme tous les passagers du transport aérien dont la vie est empoisonnée depuis des années en raison d’attentats terroristes. Est-ce que le terrorisme a reculé pour autant ? Non bien sûr. Il s’est adapté en contournant les obstacles. Et les voyous de la route feront de même. Ils ne changeront rien à leur comportement. Mais ils pénalisent à chaque fois les automobilistes raisonnables qui trouvaient socialement acceptable et logique d’être averti de la présence d’un radar automatique par un panneau. Un rapide coup d’œil pour vérifier que la vitesse était adaptée… le panneau permettait de ne pas se faire prendre à 1 ou 3 km de plus que la vitesse autorisée, sans que cela mette (vous en conviendrez) une situation de danger sur la route.

Autre décision symptomatique de l’incompétence de ces « ministres avec chauffeurs » : l’interdiction des avertisseurs de radars. Comme ils ne les utilisent pas, ils ne savent pas que ces appareils couvrent bien d’autres fonctions. Ce sont souvent des anges gardiens quand ils nous indiquent la présence d’une zone de travaux, ou nous permettent d’anticiper sur un embouteillage. Ces appareils nous rappellent également la vitesse autorisée sur le tronçon que l’on traverse. Cette dernière fonction est fort utile quand les limitations changent très souvent. Sur certains tronçons, on ne sait plus parfois si la limite est de 110, 90 ou 70. Eh bien les avertisseurs le rappellent ! Leur gros défaut originel est d’avoir été d’abord vendu comme « avertisseurs de RADARS ». Les fabricants et les distributeurs  n’ont sans doute pas su anticiper et modifier leur communication. Coyote, Wikango, Inforad et d’autres annoncent la création d’un syndicat commun. Il était temps ! Ils annoncent surtout une manifestation nationale mercredi 18 mai à 13h. Je crois qu’il faut soutenir cette initiative. Elle est salutaire car « l’homo automobilus » n’a compris qu’un seul message dans les mesures annoncées mercredi: encore plus d’argent facile pour l’Etat !

Et en contrepartie : rien ! Les gouvernements, de droite comme de gauche, ne sont plus capables de dire qu’on peut améliorer les chiffres de la sécurité routière en modernisant les infrastructures routières…  plus capables de reconnaître que les voitures ont fait des progrès considérables en matière de sécurité passive et active (ce qui a énormément contribué à diminuer la mortalité depuis longtemps)…. Plus capables de lancer un plan ambitieux d’éducation routière dans nos écoles, nos collèges, nos lycées… plus capables d’organiser un plan de formation continue des conducteurs tout au long de leur vie…

Je dois quand même reconnaître que certaines mesures  méritent des commentaires plus positifs, même si elles appellent certains commentaires. Par exemple, l’excès de vitesse de plus de 50km/h qui deviendra un délit dès la 1ère infraction. OK, mais qui roule aujourd’hui à plus de 50km/h de la vitesse autorisée ? De moins en moins de monde, c’est l’effet positif des radars à la française. Donc, nous parlons d’une mesure marginale qui aura pour inconvénient d’encombrer plus tôt les salles d’audience des tribunaux. Autre exemple : le taux d’alcoolémie de 0 gramme 8 qui entraînera le retrait de 8 points du permis. C’est très bien, mais je pense qu’il faudrait d’abord contrôler davantage la limite légale de 0 gramme 5, et sans doute l’abaisser. Je suis pour une tolérance zéro  au volant pour l’alcool et les stupéfiants. Je pense qu’aujourd’hui trop de français roulent sous l’influence de la drogue. Et puis question technique : comment fait-on pour retirer 8 points à un jeune conducteur titulaire d’un permis probatoire de 6 points ? Il repart avec -2 ???

Et je vous épargne la question des gilets jaunes pour motards qui n’est qu’une mesurette gadget parfaitement inutile. Les deux roues ont déjà l’obligation d’allumer en permanence leurs feux de croisement. Je pense que c’est suffisant. Le principal problème est celui des automobilistes qui ne regardent plus leurs rétroviseurs…  un vrai problème d’éducation routière… je suis souvent éberlué de constater (de plus en plus souvent) que certains automobilistes ont le rétroviseur droit rabattu !!! Mais non, le rétroviseur n’est pas une option ! Il s’agit même, avec les clignotants, du lien essentiel qui nous relie à tous les usagers de la route…

Allez, je m’arrête… Je pense que j’aurai d’autres occasions de revenir sur la sécurité routière… Je crois qu’une fois de plus on a été mauvais la semaine dernière. Le bon sens n’est toujours pas la qualité première de ceux qui s’occupent de la sécurité routière en France. PB

 

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Launay 21/05/2011 14:42


Bien souvent, on ne sait pas à quelle vitesse on doit rouler, ce n'est pas toujours clair
souvent aussi les limitations sont incohérentes et imbéciles
(traversez la foret de Senart sur la rn 7 sens province paris )


Thierry 17/05/2011 02:25


Merci pascal, j'aimerai moi aussi que l'argent de tous ces contrôles automatiques finance des contrôles en live contre l'alcoolémie et de l'éducation routière pour les plus jeunes.